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VENTES FIN PRINTEMPS 2005/2

par Gabor Wilhelm

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Au seuil des vacances d’Eté le dernier chapitre de la collection dit de MmeX. fut dispersé par Piasa (expert Th. Portier) à Drouot le 1er juin 05 dans le cadre d’une vente de 323 lots, contenant, entre autres, 146 netsuke et plus de cent tsuba - ainsi que des estampes et de la documentation.

 

Quand on découpe une collection de plusieurs centaines de pièces en plusieurs ventes, le collectionneur a souvent l’impression que l’on ne lui présente, dans la dernière partie, que des “laissés pour compte” ; mais grâce à une répartition judicieuse, cela ne fut vraiment pas le cas ici.  Comme dans les deux ventes précédentes,  on y trouvait son compte à tous les échelons de prix et de qualités. En commençant par les netsuke en ivoire, le no.5. donnait d’emblée le la : un Chinnan debout, présentant un profil hirsute et rieur, tenant son chasse-mouches en faisant paraître son dragon de son bol à aumônes. Patine profonde, 89mm, il fut rapidement poussé et vendu à €4000.- Le no.33. panier tressé d’un jardinier débordant de chrysanthèmes; ivoire charmant de patine jaune foncée de 35mm, portant le cachet “ren” (pour Rensai);  adjugé €6200.-

Puis le no.34., autre charmeur d’une pieuvre minuscule, tapie au creux d’un coquillage, visiblement en rogne d’avoir été dérangée; patine artificielle aux demi-teintes délicates dans le style Osaka. 34mm, non signée - vendue €1500.- Le no.37., fut un Tigre faisant le dos rond, rugissant, d’Otoman ; exécution moyenne, un peu terne de ce fameux modèle recherché - 38mm, yeux incrustés d’écaille blonde et corne noire, signée en gros caractères sur le postérieur, rapidement vendu à €13.000.- Le no.41., fut la fameuse caricature de Kadori Myojin maîtrisant le namazu à l’aide de la gourde magique notre héros étant remplacé par un Singe. Design serré en forme de demi-lune, patine-usure moelleuse, 47mm, les enchères s’arrêtèrent à €2800, peut être freinées par un petit manque émoussé au bout de la queue du poisson.

    

        

 

Avec les bois, nous entrions dans une série de grandes figures mythiques; pour commencer, des quatre figures saishiki (bois léger peint “al fresco”) dans le style de l’également mythique Yoshimura Shuzan. Mon préféré fut le no.51. personnage à la barbe et chevelure hirsutes, ceint d’une épée en forme de poisson dans le dos. 93mm, avec des bons restes de polychromie, il réalisait €2600.- Mais le no.48. de même style, représentant probablement le roi Ryujin casqué, la tête surmontée d’un dragon, tenant une tama, 94mm, lui damait le pion, ayant été emporté au son de €7500 au marteau. Le no.53. était Jizo, dieu de la miséricorde, portant sur son dos Shozuka Baba pour l’aider à traverser le Styx japonais menant aux enfers (pour plus amples détails, vous aurez intérêt de consulter le Koji Hoten). Représentation rare, aux expressions saisissantes, dans le plus pur style de Tanaka Minko, qui avait d’ailleurs signé la pièce. 92mm, petit manque ancien, émoussé, d’un bout de pied; adjugé €12.500.-

 

 

Puis le no.54., grand personnage d’aspect farouche, semblant tenir la “dragée haute” à un shishi sautant sur sa ceinture, qu’il fixait sévèrement de ses yeux luisants incrustés de corne jaune. Il était coiffé d’un couvre-chef d’aspect cérémonial et portait dans le dos l’épée au fourreau pisciforme, déjà rencontrée au no.51. Himotoshi ovale volumineux, ex-Behrens - ou il fut décrit comme ‘Shoki’ - 113mm, les pieds peut-être remplacés, il fut adjugé €20.000.- 

 

 

Le no.70. fut un beau Tigre assis se grattant, en regardant en arrière,  modelé dans le plus pur style Kyoto. Il portait la signature de Tomotada en réserve rectangulaire - mais les tigrures gravées dans le dos des deux cotés d’une épine dorsale bien plus saillante que d’habitude, ainsi que l’ empreinte des pattes, presque pointues, auraient pu aussi bien faire penser à Tomo-kazu, ce qui , quoi qu’il en soit, ne diminue en rien la qualité de la pièce .35mm, le Tigre fut adjugé €24.000.-

Ce qui nous mène au no.76. grande figure saishiki, représentant probablement la poétesse Komachi dans sa vieillesse. Étude quasi surréaliste de la décrépitude humaine (en la regardant, on entendrait susurrer Greco “fillette-fillette, ce que tu te goures..!!”) On est à la foi choqué et exalté par la force élémentaire émanant de cette petite sculpture - on se prend a rêver de l’effet qu’il produirait paraissant ex-nihilo mélangé à des fétiches dans une exposition d’Arts Premiers ( Arts Primitifs ). Était-ce la taille - 120mm - ou le vérisme outrancier de ce saishiki montrant la vieille femme torse nu, dépenaillée, portant son cabas, son pied droit levé signifiant peut-être qu’elle avait déjà un pied dans un autre monde...? Est.1/1200.- elle finit à bout d’enchères qui semblaient ne pas vouloir finir, à €29.000 adjugés.

 

 

 

 

 

 

 

Si ces prix record tonitruants vous donnent l’impression qu’il n’y avait, dans cette vente, de la place que pour des collectionneurs richissimes, détrompez-vous ! L’une des “affaires” de la vente fut, sans conteste, le no.18. Renard debout déguisé en pèlerin, tenant sa canne des deux mains. Andouiller presque blanc, à la courbure naturelle élégante, 67mm non signé, il fut adjugé E900.- Le no.23. petit (38mm) Daikoku alerte appuyé sur sa balle de riz en ivoire fut signé Hidemasa et adjugé €1200.- le no.104. un bois finement sculpté d’un Renard assis, trônant entouré d’un Namazu, 30mm non signé était tout à fait accessible à €1200.- adjugé; d’autant plus, que ce “Renard” fut, à mon avis, plutôt un chat ! Le no.108. Hyakuzôsu en pleine transformation, bois à la patine havane, 48mm, signé Gyokusensai, tombait plutôt dans la première catégorie, compte tenu de son prix adjugé €5000.-; mais le no.117. très fin Kikujido assis, effeuillant les chrysanthèmes était un bois élégant, bien fini; 36mm, signé Masatoshi, il fut vendu pour la modique somme de €1100.-.Et pour finir cette énumération non limitative, le no.120. commençait à friser, à €1900 adjugés, la catégorie “supérieure” des prix; mais si on tient compte du fait, qu’il s’agissait d’un modèle bien rare d’une Karyobinga no Tamago, (Ange Musicien Ailé sortant de l’Œuf) 40mm, signé Tomokazu - il n’y avait pas de quoi se plaindre.

     

 

 

 

 



La maison Lempertz de Cologne avait ciblé sa vente - plus on est, plus on rit ! - exactement pour la même date et heure - et présentait un peu plus de 100 netsuke à passer sous le marteau.

L’idée ne fut peut-être pas des meilleures - à témoin un taux de rachat frisant les 50% (décompte fait à base de la liste communiquée le 2.Juin). Mais choisissons dans ce qui fut vendu.

 Le no.822. personnage (sennin?) hilare au sourcils broussailleux retenant son chapeau de style européen prêt à s’envoler, attaché à un châle; bel ivoire, patine suave, cette pièce ex-Bearsted, 143mm, finit sa course à €74.000.- adjugés. Le no.835. fut un Hollandais en ivoire, tenant dans ses bras un bébé, lequel essayait d’attraper un petit chapeau pointu que l’homme tient d’une main. 108mm, ex-Behrens, les jambes de l’homme remplacées, vendu €6000.- Le no.843. ivoire de fin 19éme, représentait Kintarô aux prises avec un Serpent géant. 39mm, signé Chikusai, un collectionneur sans doute impressionné par la taille du reptile, l’avait payé €9000.- Le no.848. autre ivoire montrant le fameux match entre Matano no Gorô et Kawazu no Saburô mesurait 64mm, non signé; 1 jambe recollée n’empêchait nullement nos héros de grimper à €4000.- adjugés. Le no.883., beau Chien en ivoire de style Kyoto, mordillait une balle kemari, et portait la signature de Tomotada; 31mm, vendu €2800.- et le no.914. masque (sans himotoshi) en ivoire du spectre Mitsume-kozô; unicorne sur le front, il tirait la langue tout à sa joie de la frayeur qu’inspirait son troisième œil. Les yeux appliqués en nacre, corne blonde et noire, 68mm, signé Mitsuyuki, il fut payé €1000.

 

 

                         

 

Valait-il la peine de se rendre le 8 Juin à Lyon, chez Alpha Art Enchères, pour 2 (deux) netsuke - et pour une vente commençant à 18h30, qui plus est ? A vous de juger. Il s’agissait de deux groupes de Chiots en ivoire; le premier, deux chiots dodus jouant, au hairwork un peu confus, 40mm, signé Okatomo, fut adjugé €7000.- Le deuxième, bien plus intéressant, nous montrait un “panier de chiots” les trois petits couchés serrés les uns contre les autres; deux se mordillant, le troisième roupillant paisiblement. 51mm, ce groupe charmant était signé du Masanao de Kyoto; à notre connaissance, on ne lui connut pas d’œuvre similaire à ce jour. Soir ou pas - les enchérisseurs ne manquant point, il n’y avait pas à appeler la SPA à la rescousse; les chiots avaient trouvé une nouvelle maison moyennant la bagatelle de €45.000.- adjugés.

 

Le même jour, la maison Nagel de Stuttgart nous présentait plus d’une centaine de netsuke, des inrôs et des tsubas; et - une fois n’est pas coutume-  il n’y avait pas de quoi s’affoler ;  aussi,  nous aurons que très peu de choses à signaler.

 

Le no.2442. fut un beau groupe en ivoire du sennin Ikkaku, paraissant tout à son bonheur d’avoir la belle Sendarama sur son dos. Ce modèle devait être l’un des préférés du sculpteur Sanko, désigné au Soken Kisho comme ayant œuvré à Osaka. Ex-Teddy Hahn, 87mm, la signature Sanko à moitié cachée dans les plis des vêtements, ce beau netsuke fut payé €22.000.- Le no.2452. fut un Dragon s’élevant des flots écumants devant une roue - sculpté d’une section ultra plate d’ivoire. Nous avons déjà rencontré ce modèle inhabituel il n’y a pas si longtemps; 86mm non signé, il restait invendu. Le no.2486. était une Karyobinga en ivoire de belle prestance; 57mm, signée Masatoshi elle fut vendue €2000.- Et le no.2508. un ivoire d’un petit cheval se libérant de l’emprise d’une toile d’araignée tendue à l’intérieur d’une tige de bambou incurvée. 37mm non signé; le petit cheval ne pouvait tirer une est. de €5000.- et restait invendu.

 



Rien ne m’ayant particulièrement attiré dans la vente Piasa du 29.Juin je me voyais déjà dans les flots bleus de la Méditerranée - mais c’était sans compter avec Dame Hazard - qui fit paraître, le 24 juin à Drouot, dans un gros catalogue luxueux de Pierre Bergé consacré au mobilier huppé et des tableaux et objets cossus, un seul netsuke en ivoire - morceau de choix s’il en fut ! Grande (120mm) figure debout - peut-être un pécheur ? - il tint un poulpe devant lui, en levant les yeux vers le ciel, comme pour le remercier pour cette pêche miraculeuse. Son visage arborait une expression inénarrable, accentuée par des arcades sourcilières saillantes; ses jambes nues, d’un profil anguleux, finissant dans des pieds de forme ‘fer à repasser”, témoignaient de son origine remontant vers les débuts des katabori. Est.5-5500.-, très convoité, il terminait sa course à €8000.- adjugé. Pêche miraculeuse indeed...!

La véritable clôture du premier semestre 2005 furent les ventes à Londres -chez Sotheby’s et Christie’s - et à Cologne chez Kunsthandel Klefisch, fixées respectivement pour les 14 et 16 juillet !

 

Ayant eu la chance insigne de pouvoir contempler les quelques 200 netsuke de la vente de Cologne de passage à Paris, nous commencerons par cette vente. Le no.649. était un bon groupe du tandem Jurojin et son animal fétiche le cerf, les deux se reposant en quinconce, le dieu exhibant un rouleau d’écritures. bien détaillé dans le style Yamada, 40mm, signé Masanori, vendu € 2000.-

Puis le no.674. un petit Daruma à l’expression amusée, se reposant en soutenant sa tête d’un bras, il lisait un livre de Zen Mundo (“Questions et Réponses, en usage par les maîtres Zen et leurs élèves. Très bel ivoire au reflets nacrés, sculpture et finition exquises; les himotoshi entourés par les volutes d’un hossu visible sous le maître; 36mm, signé (Morita) Soko to, vendu €6000.-

 

Le no.680. était une belle Ningyo allongée en position de nage, le menton reposant sur une tama entre ses deux mains; ivoire à la belle patine d’ambre, gros himotoshi ronds sous le ventre, école d’Osaka du 18éme s., 79mm non signé, vendu €14000.- Le no.717. était un Danseur prenant la pose d’un Renard dansant, le corps entièrement laqué shibuiji, à l’exception des mains et le visage masqué, en buis patiné. Travail d’un laqueur émérite de la deuxième moitié du 19éme s., 45mm, non signé, réalisant €1900.- Le no.730. deux Dragons gardiens entourant une Tama, - lequel, en s’ouvrant, dévoile le château de Ryujin à l’intérieur- le tout reposant sur une table chinoise. Travail au détails minutieux, exécuté dans le style de Kagetoshi, en ivoire d’une blancheur impeccable, dont la surface est légèrement patinée; 38mm, signé Rakumin, vendu €2000.-

 

 

Le no.732. (non illustré) était un Dragon, la tête en avant en position de vol; sculpture puissante, rappelant un peu le style de Tametaka, belle usure/patine, gros himotoshi ovale dessous; 52mm, non signé, adjugé €1200.- Le no.740. Coq perché volumineux (43mm) en ivoire pâle; plumage bien détaillé, yeux doubles incrustés, signé Okatomo en réserve rectangulaire, vendu €5500.- Puis le no.749. beau bois puissant d’une Carpe sautant dans des vagues écumantes; 70mm, signé Minkoku en réserve rectangulaire, cette belle et rare représentation de la ténacité indomptable face à l’adversité montait rapidement pour être adjugé €13000.- Et le no.763., Yoroi (armure) complète en ivoire, dressée sur son coffre; finement sculptée dans les moindres détails, 41mm, ce modèle rare fut signé Shoei sur une tablette amovible servant d’ancre à l’himo; vendu € 4500.-

 

 

 

 

 

Cette vente contenait en outre une collection de 50 netsuke en porcelaine et faïence; la majorité des pièces provenant de Hirado et de Bizen, on y trouvait des modèles rares et des signatures recherchées ; l’apparition en vente d’une collection pareille est d’une rareté suffisante pour mériter une mention spéciale, les estimations ayant été dans la région de 200 à 400 €. Nous avons remarqué le no.596. Oni Nembutsu, faïence avec détails en polychromie, 51mm, signé Kenzan, vendu €1300.- Le no.602. Œuf en porcelaine blanche de Hirado; à l’intérieur couple d’amoureux, 45mm, adjugé €340.- Le no.609., beau petit Lapin assis sur une base ovale gravée au caractère Kotobuki; porcelaine blanche aux détails colorés, 31mm, ex-brockhaus, vendu €1500.- Le no.618. (non représenté) Shishi assis à la tête levée; crinière et la queue aux fins détails, teintées couleur aubergine, 44mm, signé Kairakuen, porcelainier de Wakayama qui fut gouverneur de Nishihama aux débuts du 19ème s - vendu €750.- le no.621. Héron de Mandchourie se reposant, la tête repliée; détails genre ittobori, couleurs sous couverte bleu et brune -rouille; 52mm,  signé Zoroku, vendu €700.- Puis le no.623. (non représenté), manju ryusa oval, chaque face composée d’une chauve-souris sur les nuages; faïence couverte d’une glaçure beige turquoise; 42mm, vendu E Le no.627. Tête de Poisson remarquable, dont la coupe laisse apparaître la viande et les arêtes en polychromie réaliste; 46mm, signé Kenzan, adjugé E 450.- Et le no.628. (non représenté), Tako (poulpe) émergeant d’un pot dont la surface est incrustée de coquillages; le tout couvert d’une glaçure aux couleurs réalistes; 47mm, vendu €1300.

 

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